Il pourrait être autodidacte, ancien étudiant en graphisme voulant se rapprocher de la matière vivante, mais Mathieu Rostaing Tayard est cuisinier depuis l'âge de 14 ans.

On aime l'écouter parler, dupe de rien, du labeur du métier de chef, des contraintes de celui de restaurateur, et en même temps, combattif, enthousiaste avec cette forme de fausse légèreté très attachante.

Faut dire que le trentenaire était plus qu'attendu à Lyon. Sa première affaire, le 126, a très vite bousculé la chère et tendre gastronomie lyonnaise plus coutumière des bouchons que des restaurants d'auteur. Parce qu'à vingt-cinq à peine, Mathieu pouvait déjà se targuer de ce titre. On se souvient d'associations débridées, de pointillisme et de folie, de desserts incroyables qui n'en étaient finalement pas, on se souvient d'une emprunte. Puis Mathieu a vendu le 126 et il est parti en voyage. Besoin d'air, d'horizons, de répondre à des ordres et de ne plus être son seul patron, envie de se recentrer, d'apprendre encore, différemment, sortir du cadre, du confort puis revenir...

Il a désormais ouvert le Café Sillon, dans un quartier cosmopolite, en pleine mutation à Lyon. L'espace est immense, aérée, la cuisine tout autant, on a l'impression d'être reçu dans la maison de famille d'un ami. .... accueille tout en simplicité, avec une grande générosité, un sourire joyeux aux lèvres. La clientèle est variée, captivée. Les flacons de vins raisonnés et croquants se débouchent à tout va, l'ambiance est joyeuse, les assiettes aussi ! On s'est surpris à lui confier tout d'un bloc ne pas s'ennuyer avec elles: chaque composition est bien plus précise et complexe qu'elle n'en a l'air, maquereau pêche, pastèque, menthe poivrée, l'été qui émerge, ça croque, ça pulse, ça vibre. Et ce couteau énorme, à peine cuit, concombre, petits pois, salicornes et le gomasio et bouillon vinaigrée herbacée si bien vus pour apporter salin et relief. Mathieu Rostaing fait dans la dans l'uppercut mais joue aussi dans le répertoire comfort food, un remarquable pastrami , betterave, origan, mozza, mûres et framboises ou encore cette belle pièce de cochon et abricot. Souvenirs de son escapade au Canada? Peu importe, sa cuisine fait partie de celles que l'on n'a pas envie de décortiquer. Il n'est pas question de mystère, mais plutôt du désir d'éprouver et de revenir surtout.

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