On a commencé par grignoter quelques tapas chez Vuelve Carolina. Imaginez une salle de restaurant immense tout en longueur, dominée par un comptoir où s'installer, dix minutes, ou toute une partie de la nuit. Les tons sont tamisés, l'allure moderne, presque à la New Yorkaise. Et pourtant, nous sommes à Valence, dans l'une des adresses du chef Quique Dacosta. Quand on goûte le carpaccio en escabèche ou le thon pesto cacahouète, on reconnait tout de suite les notes épicées, affirmées, les textures tranchées du maestro, son style affirmé.

Puis, on grimpe quelques marches et on se retrouve alors dans une atmosphère complètement différente.

Chez El Poblet. Entre boudoir et cabinet de curiosité, une nouvelle dimension, voici le restaurant gastronomique aux tons poudrés. L'ambiance est extrêmement apaisante, l'accueil d'une grande douceur.

A l'ouvrage, German Carriz Navarro et son épouse Carito Lourenço, un couple délicieux venu d'Amérique du Sud qui, en plus de savoir incarner le style Dacosta, sait insuffler une humeur au lieu. Dès l'amuse bouche, une pâte de riz croustillante aux algue nori à tremper dans un super bouillon dashi, on est conquis. On aura des notes de cacahouète avec un crémeux corsé à la roquette, du pain fumé au maïs complètement addictif, un ceviche de corvine (une sorte de daurade) escorté de poivron et maïs, entre croquant, piquant, fumé, des clins d'oeil à leurs pays respectifs mais aussi des traits d'union "Dacostien" très forts.

Quelle joie de retrouver sa version du Bloody Mary, un condensé de tomates mûres et d'épices à gober en une bouchée, celle du soleil frappant de ce coin d' Espagne. Le crémeux de parmesan et voile de six basilics tous différents, à la température tempérée parfaite est aussi sensuel que les ris de veau croustillants et trompettes de la mort qui vont suivre. Même si la cuisine du Poblet est épanouie, généreuse, elle n'est jamais pesante. Quelle merveille aérienne ce filet de rouget bien charnu et ce tapioca infusée au bouillon de poisson et oignons tendres !

Quand on les complimente sur leur cuisine, le duo sourit franchement, avec cette joie communicative si propre aux latinos. Le "riz cendre" volaille, truffe et trompette de la mort est à dévorer à la grande cuillère. On a beau être dans un espace très élégant, presque féminin, la cuisine ne manque pas de puissance. Les desserts, eux sont peut-être plus girly, violette et yaourt, voilà une alliance risquée, mais qui s'avère remarquable d'équilibre et de coquinerie. Quant au chocolat mascarpone café, il est addictif.

El Poblet n'est pas tout à fait un autre, ni tout à fait le même, en tous cas, c'est le prélude rêvé et (presque) nécessaire avant d'atteindre la ville de Dénia et l'espace d'expression de Quique Dacosta.

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