Si Meadowood est avant tout un complexe hôtelier de luxe avec tennis, golf, piscine, spa et tout l'attirail du vacancier fortuné, c'est pour son restaurant que nous avons quitté San Francisco pour la Napa Valley. Depuis 2008, Christopher Kostow, 36 ans, est aux commandes de ce mastodonte de la gastronomie, triplement étoilé, et sobrement appelé "The restaurant at Meadowood". Une première question nous vient à l'esprit, à peine franchi la barrière qui sépare Meadowood du reste du monde : Peut-on vraiment réaliser la cuisine que l'on désire dans un tel cadre? Le chef, déconcertant de simplicité, nous répond avec un oui franc et massif, en rajoutant "nous ne nous interdisons rien". Contrairement à beaucoup de cuisiniers, Christopher Kostow se voit d'ailleurs bien rester à Meadowood un bon bout de temps. "La Cuisine c'est l'affaire d'une vie, c'est comprendre un terroir, ses produits, connaitre ses fournisseurs. Si on bouge tout le temps d'est en ouest, qu'on ouvre 45 restaurants par an, on perd le fil et le sens premier de ce métier". Toutes les conditions sont en effet réunies pour rendre un chef heureux : deux jardins à disposition, un temps estival toute l'année et un cadre idyllique qui n'est pas pour déplaire à qui souhaite s'échapper d'un quotidien terne et sans relief. Quand on s'assoit à "Meadowwod" on entre dans une bulle: la vue donne sur le parcours de golf où l'herbe est définitivement plus verte qu'ailleurs et sur le soleil venu se coucher juste pour nous. Le calme est absolu. Meadowood a la grande qualité de n'avoir pas succombé aux fioritures d'un restaurant de son grade. Christopher Kostow en fait un lieu dans son temps, où le végétal vole malicieusement la vedette à l'animal, où le produit s'exprime sans esbroufe, où le contenant ne déborde pas de dentelles mais se fait l'écrin d'une cuisine juste et entière. On pense à cette gambas enrobée dans une fleur d'hemerocallis à trempe dans les oeufs de truite, un plat d'une grande sensualité qui restera en mémoire, ou, dans le désordre, à l'ormeaux escorté de sarrasin et de poivre fumé. La pomme de terre, elle est cuite dans une cire d'abeille et l'oseille ou encore le thé au pigeonneau, on pense au jus fumé de la cuisson mais sans une once de gras, très pur suivi du pigeonneau, pot pourri, baies sauvages et radis. On tombe amoureux de cette cuisine d'une grâce absolue, net et limpide, à Meadowood, ce jour là. en vidéo:

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