Dans la pléthore d'ouvertures parisiennes, on ne sait pas pourquoi certaines nous interpellent plus que d'autres. Jour après jour, on tient un carnet de bord des restaurants qui seront nos prochains lieux de ralliement, ceux que nous conseillerons aux copains qui nous interrogent sur nos adresses chéries, celle dans laquelle on se sent bien tout de suite, la très bonne table, la brute de créativité, celle ouverte le lundi, le dimanche, le samedi.

Le Cadoret créé fin décembre par Léa et Louis Fleuriot, fait partie de ces nouvelles tables. Dès la prise de réservation au téléphone, on est conquis par l'accueil : l'échange est jovial, fait assez rare pour être mentionné, puis sur place, l'abord est vif, tout sourire, franc du collier. On s'installe en face d'une cuisine ouverte composée très majoritairement de femmes, là encore très enjouées. C'est le début du service, on sent l'impatience du coup de feu, la préparation au combat, les derniers ajustements, les précisions sur l'ardoise que chacun doit maîtriser du bout des doigts. Ce vendredi au dîner, elle est relativement courte, cinq ou six entrées, trois plats, un fromage et deux desserts. Chaque intitulé est réduit à l'essentiel : pressé de poulet et œuf, jambonneau pané, velouté de champignons, tourteau en deux services, potée, joue de bœuf au vin rouge, blanquette de lotte et coques, mousse au chocolat et financier glace à la faisselle. Des assiettes nourricières qui font partie de la cuisine de ménage classique. Il appartient à la chef de salle d'en dire un peu plus. Très affable et concernée, la jeune femme également responsable des vins, n'hésite pas à apporter l'un ou l'autre détail, mais au final, tout est très simple au Cadoret. Et franchement ça fait du bien. Simple au sens de lisible. La joue de bœuf est archi-fondante tout comme les pommes de terre dauphines bien croustillantes ; la terrine de poulet est magnifique, avec ses différentes strates, son œuf parfaitement cuit au milieu, servie avec une sauce crémeuse et acidulée complètement addictive ; la mousse au chocolat est super dense, enrobée d'un caramel pour plus de gourmandise. On sent un lieu sans compromis. Ce soir, la lumière est vive, peut-être un peu trop, on n'a pas l'habitude de se voir autant les uns les autres, mais c'est peut-être ça le sens de l'histoire. Pourquoi va-t-on au restaurant après tout ? Pour bien manger certes, mais aussi et surtout, pour vivre des moments les uns avec les autres, se croiser, sans oser totalement entamer la conversation, mais un peu quand même.

Quand on nous laisse largement le temps de finir notre délicieuse bière ambrée avant de commencer notre dîner, quand on paraît sincèrement heureuse que le Pinot noir passionnément recommandé vous plaise, eh bien c'est sacrément enrobant, la simplicité... Et ça, même si on aurait aimé un peu plus de ce délicieux jambon braisé, ou encore avoir la possibilité de commander au cours de notre repas cette incroyable salade (et quel assaisonnement !) servie avec le fromage...Quand on voit quelques habitués, assis de l'autre côté de la salle, plus proches du bar, commenter avec un immense sourire "le plat du jour", ou d'autres prendre leur café du soir sans qu'on vienne leur demander de partir pour libérer les places, on se dit qu'au Cadoret c'est déjà des cadors de la bonté.

 Sophie Cornibert 
 
Article écrit en collaboration avec l'application L'Instant Parisien 
Photos : Fabrice Le Dantec

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